Le monde du travail engendre des pervers narcissiques

 

Le monde du travail engendre des pervers narcissiques


Depuis que le travail s’est virtualisé, depuis que les entreprises sont devenues de vastes halls de cols blancs éloignés de la chose réelle, nous avons placé l’individu au cœur d’un système. Un système bureaucratique qui n’aurait rien à envier à l’URSS ou au parti communiste, si on ne nous rebattait pas les oreilles sans arrêt avec la finance et la performance. Nous savons à quel point ces systèmes broient, et tout la littérature sur les risques psycho-sociaux évoque le sort de ces employés qui s’échinent à rester trop humains et en perdent la santé. Nous allons nous intéresser ici à ceux qui s’adaptent, à ceux qui survivent, à ceux que le système engendre, à ceux qui finissent par donner un corps aux systèmes et par incarner les bourreaux. Le souci n’est pas de déplorer les attitudes manipulatrices des uns et des autres, de détecter les comportements de pervers narcissiques, mais de prendre conscience que les entreprises, le monde du travail conduisent ceux qui collaborent à devenir des pervers narcissiques.

 

On s’embrasse-on s’empoisonne 

L’ensemble des fonctions de l’entreprise semblent rentrer en concurrence les unes avec les autres, comme s’il y avait une sélection naturelle à l’œuvre. C’est ainsi parfois que le contrôle de gestion cherche à grignoter les RH, ou le marketing cherche à assujettir la com… L’homme devient un loup pour lui au cœur même du système qu’il s’est créé. C’est la jungle entourée de barbelés. Cette situation place l’individu dans une obligation de défendre sa boutique au risque d’être débarqué ou pire. Et cette situation le place également en situation de chercher à nuire. Ces jeux sont tellement éloignés de l’économie réelle. On met ainsi plus d’énergie à nuire à tel ou tel, pour des raisons que l’on a rendues objectives, qu’à accomplir la mission. On se bat pour garder son poste, pour obtenir de l’audience dans le Château, pour voir sa cote personnelle enfler… On se bat avec les armes des cols blancs qui rappellent si bien les attitudes des femmes de la rue Saint Denis. « On s’embrasse-on s’empoisonne » semble être la devise de toutes les fonctions centrales que la tradition qualifie de paniers de crabes.

Il faut dire que les organisations de travail sont telles que l’on a créé des interdépendances entre fonctions, mettant en avant les intérêts contradictoires portés par chacune. L’interface elle-même est parfois une nouvelle fonction de l’entreprise rentrant en conflit avec les deux premières et ainsi de suite, jusqu’à créer cet espèce de piège, cette résille qui est comme l’arène forçant chacun à adopter un comportement de gladiateur pour survivre. Tout en sauvant les apparences dans un discours à la niaiserie impeccable alliant performance bon teint et production de morale bon teint « je suis Charlie ».

 

Soigner sa réputation

Il y a bien longtemps que les salariés ne sont plus évalués en fonction de leur performance ou de leur compétence. Depuis le règne du sacro-saint savoir-être, les salariés sont cotés. Et leur cote varie comme en bourse en fonction de signaux faibles ou de signaux positifs. C’est la réputation qui fait l’évaluation. Il faut dire que, puisque le travail est virtuel, l’évaluation peut l’être également… C’est ainsi que certains vont passer beaucoup d’énergie à soigner leur 360°. On connait bien ces managers qui veulent tellement plaire qu’ils finissent par se croire élus, être le représentant de ses salariés. Comment dès lors ne pas basculer dans des attitudes politiques, comment ne pas user d’une dialectique infantilisante vis-à-vis de ses équipes ? Comment ne pas essayer de manipuler l’opinion qui nous fait roi ?

Par ailleurs, vis-à-vis de l’extérieur, chacun est invité à se mettre « en avant. » Il ne s’agit pas seulement de travailler, mais de le montrer, de faire savoir, de faire sa propre promotion. Combien verront dans leur entretien individuel notifier le reproche de ne pas se mettre suffisamment en avant. Il faut toujours dire du bien de soi, au bout d’un moment, cela vous revient aux oreilles et vous finissez par croire à votre propre image, et à devenir votre propre caricature, corporate ou non d’ailleurs peu importe. Les salariés qui font carrière pratiquent le storytelling et racontent pendant des heures comment ils ont pu atteindre ou ne pas atteindre leurs résultats en valorisant telle ou telle compétence mise en œuvre pour dépasser, neutraliser ou contourner une contrainte, une menace, l’organisation elle-même ! Plus malin que les autres, on vous dit !

 

Du bois pour en faire, du pervers narcissique…

Donc résumons-nous. Tout d’abord, l’organisation de travail nous place en situation de justifier au sein du système la place que ce dernier vous a donnée, en livrant batailles sous le manteau, sourire aux lèvres. Deuxièmement, notre évaluation se faisant sur notre réputation, il nous appartiendra de manipuler l’opinion, et d’organiser son propre lobbying. De quoi flatter les penchants de pervers narcissique enfouis en nous… Les salariés humains trop humains n’ont qu’à bien se tenir avant que ne surviennent les RPS (Risques Psycho Sociaux)… Regardez comment on reconnaîtra que nous en sommes :

On parle de lui tout le temps, il :

  • culpabilise sa victime en inversant les rôles
  • ne communique pas clairement, nie les évidences
  • a pour chaque personne ou situation un comportement différent
  • est armé de raisons logiques
  • critique et dévalorise
  • fait passer ses messages par les autres
  • divise pour mieux régner
  • se positionne systématiquement en victime
  • ignore les demandes
  • utilise les principes moraux des autres
  • pratique les menaces cachées ou le chantage ouvert
  • mise sur l’ignorance des autres
  • ment
  • dit le faux pour connaître le vrai
  • est égocentrique
  • est obsédé par son image sociale
  • s’énerve rarement
  • ne tient pas compte des autres
  • devient soudainement attentionné
  • vampirise votre énergie
  • rabaisse l’autre pour se valoriser

 

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